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Quand la mission ne suffit plus : aider les paramédics à rester fiers de leur métier

Un quart de travail commence. Deux paramédics montent à bord d’une ambulance prête, radio ouverte, devant une journée impossible à prévoir. Pourtant, ce qui déterminera leur envie de revenir le lendemain ne dépendra ni des appels ni du véhicule, mais de la confiance entre les partenaires, du soutien de leur organisation et du sens qu’ils trouvent encore à leur métier.

Pour Demers Ambulances, soutenir les services préhospitaliers, c’est aussi contribuer aux conversations qui influencent la profession, d’où notre appui au colloque Ensemble dans l’urgence : communiquer, s’adapter, évoluer, organisé le 26 mai 2026 par la CPO et l’UQO.

À la suite de l’événement, Demers s’est entretenu avec Jérémy Lachance qui y a présenté une conférence sur la motivation durable chez les paramédics. Titulaire d’une maîtrise en administration des affaires de l’UQTR, cet ancien paramédic, superviseur, puis directeur des opérations à la CAM s’intéresse aux conditions qui permettent aux équipes de demeurer engagées et fières de leur travail.

Ils deviennent paramédics pour faire une différence

Jérémy a vu le métier sous plusieurs angles. Il sait que les paramédics n’arrivent pas dans la profession par hasard.

« Les gens rentrent vraiment pour la mission. Ils veulent faire une différence dans la vie des patients. »

Cette motivation initiale vient du désir d’être utile et de poser un geste qui compte. Mais rapidement, la réalité se nuance. Les interventions très urgentes ne composent pas chaque quart. Les paramédics répondent aussi à des appels psychosociaux, à des situations moins critiques et à des patients qui auraient parfois besoin d’un autre soutien que le transport vers l’urgence.

Lorsque l’option offerte ne correspond pas réellement au besoin du patient, le sentiment d’utilité peut s’effriter. La mission ne disparaît pas, mais elle devient plus difficile à ressentir. C’est souvent là que la désillusion s’installe.

Jérémy propose donc de parler de la longévité autrement.

« Quand de nouveaux paramédics entraient à la CAM, je leur souhaitais une carrière heureuse, pas une longue carrière. Si tu fais 10 ans et que tu es heureux, ça vaut bien plus que 35 ans à être malheureux. »

Selon lui, cette idée rend la rétention plus humaine, plus réaliste et plus durable.

Ce que les organisations peuvent faire

Protéger la motivation ne veut pas dire tout régler d’un seul coup. Cela commence par reconnaître ce qui nourrit l’engagement. Dans ses travaux, Jérémy s’intéresse particulièrement à trois besoins fondamentaux : l’autonomie, le sentiment de compétence et le sentiment d’appartenance. Lorsque ces bases sont fragilisées, les gestes de reconnaissance, même bien intentionnés, ne suffisent plus toujours.
  • L’autonomie touche notamment la capacité d’influencer la trajectoire du patient. La paramédecine communautaire ouvre ici une voie intéressante : elle donne aux équipes plus de moyens pour orienter certains patients vers la bonne ressource, utiliser leur jugement clinique et retrouver un sentiment d’impact.
  • Le sentiment de compétence se construit souvent dans les détails. Les indicateurs opérationnels sont nécessaires, mais ils ne racontent pas toute l’histoire. Voir un paramédic à l’œuvre, reconnaître une approche humaine ou souligner une intervention bien menée peut avoir plus d’impact qu’une mesure quantitative.

C’est là que la gestion de proximité devient essentielle.

« Les organisations qui vont le mieux en ce moment, ce sont les organisations qui sont capables d’avoir une gestion de proximité. »

Dans les petites équipes, cette proximité se fait parfois naturellement. Dans les plus grandes, elle demande une volonté claire : rapprocher les gestionnaires du terrain et repérer les irritants avant qu’ils deviennent lourds.

Le sentiment d’appartenance se joue aussi dans l’espace restreint d’une ambulance. Deux personnes peuvent passer de longues heures ensemble, partager l’imprévisible et se soutenir dans des moments difficiles.

« Mes meilleures années d’ambulance, c’est quand j’avais un bon partenaire. »

Le véhicule est un lieu de travail, mais aussi un espace de relation. Les horaires, les partenaires et la résolution de conflits deviennent donc des leviers de santé organisationnelle.

Parfois, ce qui change la relation entre un employé et son organisation tient à un geste simple : écouter avant de proposer une solution, chercher une marge de manœuvre ou reconnaître qu’un besoin personnel peut être réel même quand les quotas sont serrés. « La première erreur qu’on fait, c’est qu’on pense savoir », rappelle Jérémy. Avant de mobiliser, il faut comprendre.
Ces gestes ne règlent pas tous les enjeux du préhospitalier, mais ils construisent quelque chose de précieux : la confiance.

« Les paramédics n’ont pas besoin de grand-chose pour se sentir écoutés. Ils ont juste besoin de sentir que leur gestionnaire les considère comme des humains. »

Ce dernier rappelle que rester motivé ne veut pas dire être émerveillé à chaque quart. Cela veut dire trouver du sens dans ce qu’on contrôle, s’appuyer sur une équipe saine, avoir une vie à l’extérieur du travail et garder assez de fierté pour continuer à bien faire son métier.

Selon Jérémy, l’avenir de la profession se joue peut-être là : dans la capacité de l’industrie à protéger la mission qui attire les paramédics au départ, tout en adaptant les organisations à la réalité d’aujourd’hui. Il demeure optimiste, notamment parce qu’il voit de plus en plus de paramédics se former, évoluer et aspirer à diriger les organisations.

Dans le but de contribuer au sentiment de compétence des paramédics, Demers a créé les formations suivantes :

Elles sont destinées aux paramédics et aux superviseurs. Elles visent à leur permettre une utilisation sécuritaire et confiante des équipements et à bien comprendre l’ensemble des fonctionnalités de l’ambulance.

Le besoin de se retrouver entre pairs existe également à l’extérieur des quarts de travail. Des initiatives comme le Tournoi des paramédics du Québec, également soutenu par Demers, créent des occasions de décrocher, d’échanger avec des collègues qui comprennent la réalité du métier et de normaliser la demande d’aide.

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