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65 ans d’ambulances et de soins : l’évolution préhospitalière au Québec Avec les témoignages de Serge Richard et Olivier Roussin, pionniers du terrain

PARTIE 1

À l’occasion de son 65e anniversaire, Demers Ambulances propose un retour en arrière pour constater l’ampleur des transformations vécues par le secteur préhospitalier d’urgence au Québec. Soins, véhicules, reconnaissance professionnelle, dans les six dernières décennies, tout a changé… ou presque !

Pour souligner ce jalon important, deux vétérans du terrain ont accepté de partager leurs souvenirs : Olivier Roussin, avec plus de 50 ans d’expérience, est aujourd’hui à la tête d’Ambulances St-Gabriel avec son fils Louis-Olivier. Parallèlement, Serge Richard, pilier d’Ambulances 22-22 (désormais géré par sa fille Marie-Claude) a également consacré une vie entière à la profession.

Tous les deux ont non seulement été des témoins privilégiés, mais ont aussi activement contribué à plus d’un demi-siècle d’évolution !

Quand l’ambulance partait du salon funéraire

Louis-Olivier Roussin et Olivier Roussin

Dans les années 60, l’ambulance n’avait rien d’un véhicule spécialisé. Presque n’importe qui pouvait s’improviser fabricant et l’opérer. À l’époque, aucun standard ni cadre réglementaire n’étaient en place. « La seule certification, c’était d’avoir un gros moteur et d’aller vite ! », lance Olivier Roussin à la blague. En 1967, à l’âge de 16 ans, ce dernier commence à travailler pour le salon funéraire Landreville, où le propriétaire était d’ailleurs un confrère de formation du fondateur de Demers Ambulances.

Dans les années 60 et 70, surtout en milieu rural, les salons funéraires avaient souvent les seules voitures disponibles pour répondre aux appels d’urgence, soit des corbillards transformés en ambulances improvisées.

« On appelait ça un combiné. Quand il y avait des funérailles, on retirait l’équipement. Une fois la cérémonie terminée, on remettait les gyrophares et on repartait », raconte M. Roussin

Serge et Marie-Claude Richard

Même son de cloche du côté de Serge Richard : « C’était comme ça à l’époque. Tout le monde allait aux champs, alors les personnes les plus disponibles, c’étaient souvent les directeurs de funérailles ». 

Lui aussi a commencé très jeune ; son père, directeur funéraire dans la région de la Mauricie, venait le chercher à l’école secondaire pour l’emmener sur des appels.

Jusque dans les années 80, les ambulances servaient strictement à transporter les malades et les blessés jusqu’à l’hôpital et personne n’offrait de soins à l’intérieur. Ainsi, le transport ne symbolisait pas toujours la survie. « Les gens appelaient seulement quand ils étaient mourants », note M. Richard. 

Il poursuit : « Je me souviens d’un vieux docteur qui me disait qu’à son époque, avant nous, il n’avait pas d’antibiotiques, juste de la cortisone et un livre de prières dans la trousse. On partait vraiment de loin. »

Il soutient même que le fait d’appeler une ambulance avait une connotation négative. « Les gens disaient : Mon père est parti là-dedans, il n’est jamais revenu. L’ambulance, on ne l’aimait pas, elle faisait peur. »

28 septembre 1971- De retour à l’aéroport de Saint-Hubert, des Canadiens blessés lors d’un accident en Espagne sont arrivés. Crédit : BanQ

C’était donc une époque où les soins préhospitaliers n’était pas plus avancés que les modèles sur la route. En effet, la conception des véhicules était sommaire, et les options, même si elles évoluaient tranquillement, demeuraient limitées, autant en format qu’en prix. « Il y a eu le Sedan, puis un véhicule utilitaire qu’on appelait panel body, et par la suite les station wagons sont apparus. C’était ce qu’il y avait de moins cher. », raconte M. Richard.

Une vision née au bon moment

Puis, en 1960, est apparu un acteur qui allait changer la donne : Paul Demers. D’après Serge Richard, le concept d’ambulance développé par Paul a émergé à un moment charnière alors que le Québec sortait d’une période de « misère » et amorçait sa modernisation. Il se souvient avoir rencontré les Demers dans le cadre de la Corporation des services d’ambulance et funéraire, une association présidée par un membre de la famille.

« Paul Demers vantait une recette spéciale pour fabriquer son toit surélevé. C’est un secret, je le garde, disait-il. Je n’ai jamais su ce que c’était. Il avait ajouté de beaux clignotants… C’était à la fois esthétique et abordable », raconte-t-il avec un sourire.

Dans ce temps-là, les moyens financiers étaient souvent un frein à l’avancement et peu de services pouvaient se permettre des véhicules spécialisés. À l’hôpital Sainte-Justine, dès les années 60, on retrouvait bien un véhicule au toit surélevé, mais il s’agissait d’un modèle américain haut de gamme, stationné dans leur propre garage. « Ils avaient le budget pour ça. C’étaient des modèles que tout le monde rêvait d’avoir… mais que personne ne pouvait se payer », rappelle M. Richard.

C’est dans ce contexte que Paul Demers propose une alternative locale : un véhicule inspiré de ces modèles prestigieux, mais adapté aux réalités budgétaires québécoises. 

« Il a proposé quelque chose qui s’en approchait, mais à un coût abordable. Et avec une belle finition. Les ambulances de Demers ont toujours été reconnues pour ça », ajoute-t-il. 

Un esprit d’innovation

Pendant ce temps, Olivier Roussin cultivait lui aussi un esprit d’innovation. Ayant grandi dans une famille de soignants (un père anesthésiste, des sœurs infirmières), il baigne tôt dans un environnement qui valorisait la recherche constante d’amélioration. « On a toujours aimé aller de l’avant, innover dans nos véhicules et nos systèmes », souligne-t-il. Il se souvient de ses débuts à Ambulance Joliette, acquise en 1977, deux ans après sa fondation par un infirmier passionné par la qualité des soins. « On roulait avec trois vieilles minounes qui avaient beaucoup, beaucoup de millage(sic). »

Pour améliorer l’équipement, il s’est associé à Gérald Perreault, artisan local reconnu pour ses fabrications personnalisées. Ensemble, ils ont eux aussi développé des toits relevables. « On avait développé des choses ensemble. Mais il n’avait pas les reins assez solides pour suivre le rythme et les changements qui s’en venaient. »

La fin du Far West : l’arrivée des premières normes

En 1976, le Far West du secteur préhospitalier tire à sa fin avec l’introduction des premières normes BNQ (Bureau de normalisation du Québec). Très peu d’entreprises s’y conforment à ce moment, mais Demers Ambulances fait figure de pionnière. Pour la première fois, un cadre réglementaire impose des exigences claires : équipement obligatoire à bord, normes de sécurité, et même une couleur officielle pour les véhicules.

Cette dernière est choisie pour des raisons pratiques. « Les ambulances sont devenues très visibles, ce qui est essentiel parce qu’on travaille souvent dans la neige, le brouillard, ou sous la pluie. C’est pour ça que, dès 1976, le jaune a été adopté comme couleur officielle ; c’est la couleur la plus visible dans ces conditions », indique M. Richard.

Au fil du temps, les véhicules continuent d’évoluer, s’adaptant aux besoins du terrain et aux ressources disponibles. M. Richard se souvient notamment de changements marquants, comme l’introduction de plafonds plus élevés, fixés à 60 pouces : « Autrefois, dans un station wagon, on était plié en deux. Aujourd’hui, les paramédics peuvent se tenir debout, travailler correctement, s’asseoir confortablement. Et c’est important : ils passent des journées entières là-dedans », rappelle M. Richard.

Les normes deviennent plus strictes et détaillées : tests, certifications, inspections deviennent la règle, un virage décisif pour améliorer la qualité. « Ce qui n’existait pas du tout au début, précise M. Roussin. Chez Demers, la qualité s’est améliorée, surtout avec l’arrivée des normes. »

Peu à peu, les véhicules sont transformés, marquant la disparition progressive et inévitable des anciennes méthodes et des ambulances d’autrefois. « Ce n’était plus viable », résume M. Richard.


La sécurité des paramédics et des patients devient une priorité absolue. En 1988, Yves Demers, fils du fondateur, écrit au ministre de la Santé pour dénoncer la faiblesse des normes. Cette démarche audacieuse aboutit à une refonte majeure du BNQ, un tournant pour la sécurité et la qualité. Depuis, les normes ne cessent d’évoluer, et Demers Ambulances reste au cœur de ces discussions.


Dans la suite à venir de cette série, MM. Roussin et Richard racontent comment, dès les années 1980, le milieu préhospitalier au Québec entre dans une ère d’innovations rapides : nouvelles technologies, évolution de la formation des paramédics et transformation du simple transport en système de soins structurés. Leur récit met aussi en lumière les combats pour la reconnaissance professionnelle des paramédics, qui sont aujourd’hui parmi les professions les plus respectées. À travers ces changements, une constante demeure : la mission humaine de soulager la souffrance et sauver des vies.

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