Comment l’Université Laurier ouvre de nouvelles voies aux paramédics en service
Les paramédics le savent : la profession ne vient pas toujours avec un plan clair pour le long terme. Entre les exigences physiques, la charge mentale et le rythme du travail, les questions finissent par surgir : combien de temps je peux faire ça? Qu’est-ce qui m’attend après? Et si je dois quitter la route, quelles options s’offrent à moi?
Chez Demers Ambulances, on croit que soutenir les services préhospitaliers va au-delà de construire des véhicules fiables; on s’intéresse aux personnes qui travaillent dans les ambulances, jour après jour. C’est pourquoi on porte attention aux initiatives qui soutiennent concrètement les paramédics.
L’une d’elles est le nouveau baccalauréat en sciences de la paramédecine de l’Université Wilfrid Laurier : un programme offert en anglais seulement (pour l’instant), à temps partiel, offert en ligne, pensé pour les paramédics en exercice partout au Canada, et dirigé par la Dre Renée MacPhee.
Quand la Dre MacPhee parle des paramédics, on sent tout de suite à quel point le sujet lui tient à cœur. Après plus de 30 ans à travailler à leurs côtés (en recherche, dans les milieux d’urgence et au sein d’initiatives nationales en santé mentale), elle a vu ce que trop peu de gens voient : la pression énorme du métier et le peu de portes qui s’ouvrent quand la route devient trop difficile à continuer.
« Ils sauvent des vies, dit-elle. Et pourtant, j’entends encore trop souvent : “Je ne suis que paramédic.” »
Pour la professeure agrégée à l’Université Wilfrid Laurier, cette phrase a été un électrochoc. Et c’est elle qui a déclenché l’idée d’un nouveau parcours éducatif pour la profession.
Pourquoi un baccalauréat en paramédecine? Pourquoi maintenant?
Le baccalauréat en sciences de la paramédecine a été lancé officiellement à l’automne 2025, et l’engouement a dépassé toutes les attentes.
L’équipe espérait accueillir entre 10 et 15 étudiants pour la première cohorte. Ils en ont accueilli 119, provenant de partout au pays.
On y retrouve des paramédics de première ligne, des superviseurs, des gestionnaires, des retraités et même un étudiant de 70 ans. Certains veulent accéder à des postes de leadership, d’autres se diriger vers la paramédecine communautaire. Plusieurs, toutefois, cherchent simplement une nouvelle voie après une blessure physique ou psychologique.
Pour beaucoup, le programme offre enfin une transition claire : une façon de quitter la route sans mettre de côté tout ce qu’ils ont bâti.
« Ils attendaient ça depuis longtemps, explique la Dre MacPhee. Il n’y avait pas vraiment de stratégie de sortie pour ceux qui ne pouvaient plus rester sur le terrain, du moins pas une qui leur permette de continuer à contribuer. »
La pandémie de COVID-19 a rendu ce besoin impossible à ignorer. Pendant que le monde ralentissait, les paramédics continuaient d’entrer dans les domiciles, de travailler dans l’incertitude, parfois dans la peur, souvent en subissant de la violence. Plusieurs en sont sortis profondément marqués.
« On a vu à quel point ça les a affectés. Il fallait redonner quelque chose. »
Un programme bâti autour de leur réalité
Dès le départ, le baccalauréat devait répondre à une réalité bien précise :
- En ligne, pour rejoindre les paramédics partout au pays
- À temps partiel, parce que la vie ne s’arrête pas avec des horaires en rotation
- Flexible, parce que le terrain est imprévisible
L’Université Laurier a appuyé ce modèle sans hésiter.
Et surtout, les paramédics eux-mêmes ont contribué à façonner le programme. Quand on leur a demandé ce qu’ils voulaient, ils ont parlé de :
- Recherche
- Leadership and communication
- Santé publique, psychologie, droit et bien-être
C’est exactement ce que le programme propose aujourd’hui. Il permet aux paramédics de :
- Monter vers des postes de leadership, de supervision, de gestion ou vers les études supérieures
- Se déplacer latéralement vers des rôles comme la paramédecine communautaire ou des équipes spécialisées
- Changer de direction vers la santé publique, le gouvernement, l’industrie, la recherche ou l’enseignement, tout en conservant leur crédibilité et leurs compétences.
« Que ce soit dans l’industrie, au sein de ministères, en santé publique ou ailleurs, ce diplôme leur donne les qualifications nécessaires, explique la Dre MacPhee. Et pour ceux qui veulent aller vers une maîtrise ou même un doctorat, c’est maintenant possible. »
Aujourd’hui, seulement 15 paramédics au Canada détiennent un doctorat.
Selon elle, ce programme contribuera à former la prochaine génération de chercheurs : des paramédics capables de mener la recherche pour la profession, et non seulement sur la profession.
Une nouvelle façon d’être reconnu
Si ce programme avait une mission en arrière-plan, ce serait celle-ci : redonner aux paramédics la reconnaissance qu’ils méritent.
Au fil des échanges, plusieurs réalités reviennent souvent :
- des paramédics refusés aux études supérieures parce qu’ils « n’ont pas le bon diplôme »
- des paramédics perçus comme de simples chauffeurs d’ambulance
- des paramédics exposés à la violence verbale et physique sans soutien adéquat
« On doit les célébrer, affirme la Dre MacPhee. Ils ne sont pas assez reconnus, ni par le public, ni dans le système de santé, et parfois même pas par eux-mêmes. »
Un diplôme d’études supérieures ne règle pas tout. Mais pour plusieurs, c’est un premier pas vers le respect et la reconnaissance.
Un impact déjà bien réel
Dès la première session, le programme commence déjà à faire une différence.
Un étudiant a écrit qu’après une blessure mettant fin à sa carrière sur le terrain, le programme lui avait « redonné un sentiment d’utilité ». D’autres, qui doutaient de leur capacité à réussir à l’université, se sentent maintenant confiants et motivés à poursuivre.
Les étudiants ont entre 27 et 70 ans, mais partagent tous la même identité professionnelle.
Pour la Dre MacPhee, c’est exactement ce qu’elle espérait.
« Voir la peur se transformer en confiance, c’est ça l’objectif. Ce programme n’est pas là pour faire briller l’université. Il est là pour redonner. »
Espoir, reconstruction et avenir
Au final, l’engagement de la Dre MacPhee est profondément humain.
Elle a vu des paramédics s’effondrer sous la pression, pleurer dans des corridors d’hôpital, remettre en question leur valeur. Elle les a vus blessés, fatigués, à bout de souffle.
Mais elle a aussi vu leur intelligence, leur force et leur résilience.
« Si je peux leur redonner de l’espoir, leur montrer qu’il existe une suite quand ils croient que tout est fini, alors c’est suffisant. »
Pour les 119 paramédics de cette première cohorte, et pour bien d’autres à venir, ce programme pourrait bien être le moment où ils entendent enfin ce message :
Vous n’êtes pas “juste” paramédic.
Vous êtes des professionnels, des leaders et des piliers essentiels du système de santé.
Et votre avenir peut être aussi solide que les soins que vous avez donnés aux autres.
À propos de la Dre Renée MacPhee
La Dre Renée MacPhee est coordonnatrice du baccalauréat en sciences de la paramédecine de l’Université Wilfrid Laurier, un programme à temps partiel offert entièrement en ligne et conçu pour les paramédics en exercice partout au Canada. paramedicdegree@wlu.ca
Elle est également co-inventrice du Ottawa Paramedic Physical Abilities Test (OPPAT™), un outil fondé sur des données probantes visant à améliorer la préparation physique et la sécurité des paramédics, utilisé au Canada et à l’international.
En 2018, elle a reçu le Prix d’excellence présidentielle des Chefs Paramédic du Canada, devenant la première civile à recevoir cet honneur pour son engagement envers la santé, le bien-être et la reconnaissance de la profession paramédicale.