Après des décennies à circuler avec le même habillage, les ambulances du Québec pourraient changer de style. En effet, un lettrage complètement transformé et une apparence modernisée font partie du projet de norme BNQ 1013-300 Ambulances électriques et à combustion — Caractéristiques du véhicule, en consultation publique depuis le 8 avril 2026.
En tant que manufacturier ayant acquis une expertise au fil de nombreux projets de design d’ambulance, l’équipe de Demers a contribué activement à cette refonte en proposant plusieurs éléments du nouveau visuel. Nous vous invitons dans les coulisses de ce changement qui marque un virage à la fois esthétique et pratique.
Un peu d’histoire : le look des ambulances d'hier à aujourd'hui
Depuis 50 ans, les Québécois, tout comme les visiteurs de la Belle Province, reconnaissent instantanément les véhicules de soins d’urgence à leur couleur jaune caractéristique. Déterminée en 1976 lors de l’apparition des premières normes du Bureau de Normalisation du Québec, cette teinte est depuis inchangée. Elle a été choisie à la suite d’une étude démontrant que les ambulances jaunes se distinguent mieux dans des conditions routières de faible visibilité, notamment les tempêtes de neige.
Cependant, avant que la couleur ne soit uniformisée, les ambulances du Québec pouvaient arborer toutes sortes de teintes : gris, bleu, rouge, etc., selon les goûts de ses propriétaires.
« À l’époque, chaque compagnie voulait personnaliser ses véhicules. Avoir ses propres aménagements et couleurs. Tu savais à quelle compagnie appartenait l’ambulance juste en la voyant », se rappelle Serge Richard d’Ambulances 22-22, paramédic de plus de 50 ans d’expérience.
C’était aussi le temps où les services préhospitaliers opéraient de façon indépendante et les territoires n’étaient pas divisés entre les services. La compétition entre les compagnies était bien présente. « Surtout autour des centres hospitaliers et des foyers pour personnes âgées. Si tu avais de meilleures relations avec le personnel, tu passais avant. Chaque entreprise avait sa propre centrale d’appel », se remémore M. Richard.
Même son de cloche du côté d’Olivier Roussin d’Ambulances St-Gabriel, ayant lui aussi plus de 50 ans d’expérience : « Je me souviens qu’on disait : Si on n’est pas vite, si on n’est pas bons avec le patient, il ne nous rappellera pas, il va appeler l’autre. Ça a ancré une culture de service. Et c’est resté dans la famille et l’entreprise. On accorde la même attention au patient encore aujourd’hui. »
2026 : L'année du renouveau ?
Comme l’établissement du jaune en guise de couleur des ambulances au Québec, le lettrage est lui aussi demeuré figé dans le temps, sauf pour une variation des lignes de côté.
Celle au centre du véhicule a d’abord eu un effet remontant vers le haut avant d’être prolongée de façon complètement droite vers la porte de la cabine.
C’est donc la deuxième fois que des éléments visuels sont revus depuis des décennies.
Une des principales révisions du lettrage dans le cadre de la norme actuellement en consultation publique concerne les éléments visant à accroître la visibilité, notamment par l’utilisation de surfaces à fort potentiel d’éclat.
« Les critères de la norme précédente ne permettaient pas, par exemple, d’utiliser des matériaux réfléchissants sur certaines couleurs », explique Luc Meloche, propriétaire de Lettratech, l’entreprise qui s’occupe de lettrer, entre autres, toutes les ambulances au Québec. « Le visuel proposé dans le projet de la nouvelle norme pourrait permettre d’ajouter au moins 20 % de vinyle réfléchissant, pour un look plus dynamique, mais surtout plus visible. »
En augmentant le pouce carré de matière réfléchissante sur l’ensemble du véhicule, ce dernier ne peut qu’être encore plus facilement repérable sur la route, tant lorsqu’il est en déplacement qu’à l’arrêt sur un lieu d’intervention.
Directeur du Services Client avec plus de 20 ans d’expérience chez Demers, Robin Giard, a observé plusieurs ambulances accidentés au cours de sa carrière. Bien qu’un nombre incalculable de facteurs peuvent influencer les risques en conduite d’urgence, ce nouveau lettrage, s’il est officiellement adopté, dit-il « ne peut pas nuire ».
Ainsi, tous et chacun ressortiraient gagnants de l’évolution que propose le projet de norme : les paramédics et le patient, mais aussi les autres usagers de la route.
Les principaux changements visuels identifiés dans le projet
Pour Robin Giard, l’aspect arrière est l’une des transformations qui aurait le plus d’impact : les chevrons seraient désormais à pleine hauteur, plutôt qu’à mi-hauteur. « Pour les interventions à haute vitesse, lorsqu’il y a dépassement, ou encore lorsque l’ambulance est à l’arrêt sur une scène, l’ambulance ressortirait beaucoup plus. Ce n’est pas rare qu’un automobiliste percute l’arrière de l’ambulance », explique-t-il.
AUTRES CHANGEMENTS VISIBLES À L’ARRIÈRE
- Mot « AMBULANCE » agrandi et repositionné dans une zone découpée dans les chevrons, pour mieux se démarquer.
- Vitres arrière recouvertes d’une pellicule perforée, limitant la vue de l’extérieur.
- Croix de vie ajoutée dans la fenêtre arrière gauche, laissant au paramédic à droite une vue dégagée pour vérifier la présence d’obstacles, de véhicules ou de personnes avant de débarquer.
CÔTÉS
Les côtés du véhicule permettent une reconnaissance claire du véhicule sur les routes en un seul coup d’œil, non seulement avec la croix de vie, symbole universel de l’industrie médicale, mais aussi le mot ambulance, qui prennent plus de place qu’auparavant.
Encore une fois, tous ces éléments comportent un vinyle réfléchissant, en plus de celui sur le périmètre, pour mieux percevoir le véhicule.
Finalement, en reproduisant les mêmes courbes que celles du module d’ambulance entre le capot et le phare, la surface réfléchissante est plus large que la bande linéaire précédente et accentuée sur l’aile avant. C’est d’ailleurs là où plusieurs accrochages se produisent
« Au moins le tiers des bris se trouvent sur la cabine avant. Lorsque les paramédics commencent à s’engager dans une voie et que certains obstacles les cachent, ils doivent s’avancer suffisamment pour prendre leur place. Maintenant, le nez du véhicule apparaîtra plus clairement, surtout la nuit. C’est déjà dur pour les paramédics de se frayer un chemin en urgence. Tout ce qui peut aider est positif », détaille Robin Giard.