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Remise à neuf d’ambulances : ce que la stratégie de la CTAQ peut inspirer

Quand on parle de gestion de flotte ambulancière, on pense souvent aux nouveaux véhicules qui arrivent dans les casernes. Pourtant, une grande partie du travail se joue bien avant : dans la planification, l’analyse du cycle de vie des ambulances et les décisions qui permettent d’en tirer le meilleur rendement possible au fil des années.

Dans le réseau préhospitalier québécois, cet exercice demande de concilier plusieurs réalités : contraintes budgétaires, délais de livraison et continuité des opérations sur le terrain. Avec, en toile de fond, un objectif commun à tous les services : offrir aux paramédics des véhicules fiables et sécuritaires pour répondre aux appels de la population.

Crédit photo: CTAQ

À la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec (CTAQ), cette réflexion fait partie du quotidien de Frédéric Plante, Responsable du parc roulant. Avec près de 65 ambulances en service, chacune de ses décisions s’inscrit dans une planification rigoureuse visant à assurer le renouvellement progressif et la diversification de la flotte.

Au fil des années, une approche s’est progressivement imposée dans cette planification : une stratégie d’approvisionnement mixte, combinant l’achat de véhicules neufs et les remises à neuf d’ambulances.

Une planification qui commence bien avant la fin de vie des ambulances

Pour maintenir un parc de véhicules fiable et opérationnel, la CTAQ renouvelle chaque année une partie de sa flotte. Cette rotation régulière permet d’étaler les coûts d’acquisition dans le temps tout en maintenant une flotte homogène et bien alignée avec les besoins.

« Nous, on change environ 20 % de notre flotte annuellement, donc ce sont 12 véhicules par année qui sont commandés, que ce soit du neuf ou des remises à neuf »

Dans ce contexte, les commandes sont généralement planifiées environ 18 mois avant la livraison, afin d’aligner l’arrivée des nouveaux véhicules avec la sortie graduelle des unités plus anciennes.

Crédit photo : CTAQ

Le kilométrage demeure l’un des principaux repères pour déterminer le moment de retirer un véhicule du service.

« On vise à peu près un service de 250 000 à 275 000 km par véhicule, mais on en a monté dernièrement jusqu’à 325 000 km, le temps que la chaîne d’approvisionnement se remette sur les rails », souligne celui qui cumule sept ans d’expérience en gestion de flottes, dont deux à la CTAQ.

Miser sur la cohérence pour simplifier la gestion

La CTAQ couvre quatre régions administratives et exploite sept bases opérationnelles, où travaillent plus de 500 employés. Au fil des années, la coopérative a choisi de standardiser la majorité de sa flotte autour d’un même modèle d’ambulance.

Ce choix simplifie plusieurs aspects du travail quotidien : l’entretien mécanique, la gestion des pièces et la formation des paramédics.

« Depuis environ une dizaine d’années, on n’ajoute que des MX 164 pour l’ensemble de la coopérative »

Cette uniformité facilite également la planification des remises à neuf. Lorsque les modules de soins partagent la même configuration, leur réutilisation devient plus simple à organiser et à intégrer dans la flotte existante.

Donner une deuxième vie à un module encore performant

Lorsqu’une ambulance approche la fin de son cycle d’utilisation, certains composants, notamment le module de soins, peuvent encore offrir plusieurs années de service. C’est précisément là que la remise à neuf prend tout son sens.

Si le module de soins demeure en excellent état même après une utilisation prolongée, le châssis, lui, atteint une limite. À mesure que le kilométrage augmente, les coûts d’entretien mécanique du châssis grimpent, ce qui justifie son remplacement. La remise à neuf permet alors de conserver un module encore performant tout en repartant avec un nouveau châssis.

« Côté développement durable, ça vaut la peine. Même si on sort parfois de la route des ambulances qui ont plus de 300 000 km, le module de soins reste bon. C’est le fun de savoir qu’il y a une deuxième vie pour ça », explique M. Plante.

En installant ce module sur un nouveau châssis, l’organisation peut prolonger son utilisation pendant plusieurs années supplémentaires, tout en réduisant l’utilisation de nouvelles ressources.

Cette approche peut aussi contribuer à limiter les impacts liés à la disponibilité de certains matériaux dans l’industrie.

« Avec ce qui se passe au niveau des ressources, du métal ou de l’aluminium, la remise à neuf permet aussi aux entreprises d’éviter certains soubresauts si les prix ou l’approvisionnement deviennent plus difficiles »

Crédit photo: CTAQ

Un levier financier significatif et une réponse concrète aux délais de livraison

En réutilisant un module de soins encore en bon état et en l’installant sur un nouveau châssis, les organisations peuvent réduire de manière notable les coûts d’acquisition comparativement à l’achat d’une ambulance entièrement neuve. Comme pour tout projet de remise à neuf, le coût final peut varier selon plusieurs facteurs, notamment l’état du véhicule donneur, l’année du module ou encore les options choisies lors de la remise à neuf.

À l’échelle d’une flotte comme celle de la CTAQ, où une douzaine de véhicules sont renouvelés chaque année, ces économies peuvent rapidement prendre de l’ampleur. « Si on fait les deux tiers de nos 12 ambulances achetées annuellement en remises à neuf, on parle d’une économie de plus ou moins 500 000 $ », ajoute-t-il.

La remise à neuf offre aussi une flexibilité appréciable dans un contexte où les délais de livraison peuvent être longs. « Un module neuf peut prendre jusqu’à 18 mois avant d’être livré. Les remises à neuf, on parle plutôt de 9 à 12 mois », observe le responsable. Cette différence a permis à la CTAQ de maintenir le rythme de renouvellement de sa flotte malgré les défis logistiques des dernières années.

Une stratégie de diversification de flotte développée progressivement

Au départ, les remises à neuf représentaient une proportion plus modeste des acquisitions de la coopérative, mais en observant l’état des modules retirés du service et les résultats obtenus, leur place dans la planification a graduellement augmenté.

« Au début, on faisait environ un tiers de remises à neuf. Là, on s’en va plus vers la moitié, voire deux tiers des commandes »

Cette évolution s’explique notamment par l’âge relativement récent des modules actuellement retirés de la flotte. « On sort présentement des ambulances 2020 et 2021, donc ça permet de leur donner une autre vie de cinq ou six ans », ajoute-t-il.

Pour la CTAQ, la remise à neuf s’inscrit donc dans une stratégie de renouvellement planifiée à long terme. L’organisation combine l’acquisition de véhicules neufs et la remise à neuf de certains modules afin de maintenir un cycle de remplacement équilibré au fil des années.

Cette approche permet d’éviter de concentrer tous les achats au même moment et d’assurer une continuité dans le renouvellement de la flotte.

Crédit photo : CTAQ

Une réalité différente selon la taille des flottes

La taille de la flotte de la CTAQ offre une certaine flexibilité dans la planification des remises à neuf. Lorsqu’un véhicule neuf arrive, celui qui quitte le service peut être conservé temporairement avant d’être envoyé à l’atelier.

« Quand les véhicules neufs arrivent, on garde ceux qui sortent de la route pour leur planifier une deuxième vie », explique M. Plante. Au moment de l’entrevue, en mars 2026, quelques unités attendaient déjà leur tour. « J’ai trois camions dans ma cour qui sont prêts pour une remise à neuf », précise-t-il.

Cette marge de manœuvre n’est toutefois pas toujours possible pour les organisations qui disposent d’un parc de véhicules plus restreint. Cela ne signifie pas pour autant que la remise à neuf n’est pas une option. Selon lui, la clé réside plutôt dans la planification.

« Il faut penser à la période de l’année où l’impact opérationnel est plus facile à gérer », suggère-t-il.

Des gains opérationnels inattendus

Crédit photo : CTAQ

Avec l’expérience, certains avantages sont apparus de façon plus concrète dans les opérations quotidiennes.

Lorsqu’une ambulance neuve arrive dans la flotte, les équipes doivent souvent procéder à plusieurs adaptations personnalisées avant de la mettre en service : installation d’équipements, ajout de composantes spécifiques ou ajustements internes.

Dans le cas d’une remise à neuf, plusieurs de ces éléments sont déjà présents dans le module. « Souvent, quand l’ambulance revient, beaucoup de nos choses sont restées en place, donc on sauve du travail pour la mise en service », mentionne M. Plante.

Ce détail peut sembler mineur, mais il représente tout de même un gain de temps pour les équipes techniques.

« On sauve deux à trois heures par ambulance pour la mise en service »

Une collaboration étroite avec le manufacturier

La planification d’une flotte ne repose pas uniquement sur des décisions internes. Elle implique aussi une coordination constante avec les partenaires manufacturiers afin d’aligner les calendriers de livraison, les inspections et les remises à neuf.

Depuis les derniers mois, Frédéric Plante souligne la qualité de la collaboration avec l’équipe de Demers Ambulances, notamment avec la représentante qui accompagne désormais la CTAQ dans ses projets.

« Avec Andréane, ça va super bien. Elle est vraiment très proactive et très au courant de ses dossiers. Quand j’ai des questions, les documents arrivent rapidement et on est capable d’avancer efficacement », mentionne-t-il.

Cette communication régulière permet notamment de coordonner les remises à neuf et les livraisons de nouveaux véhicules, tout en gardant une bonne visibilité sur les échéanciers à venir. Pour M. Plante, cette continuité dans les échanges contribue directement à faciliter la gestion de la flotte au quotidien.

Partager les expériences pour faire circuler les bonnes pratiques

Dans un réseau préhospitalier aussi vaste que celui du Québec, les organisations n’ont pas toujours l’occasion d’échanger sur leurs pratiques de gestion de flotte. Partager des expériences comme celle de la CTAQ permet donc de faire circuler des idées et d’alimenter les réflexions dans l’ensemble du secteur.

Pour Frédéric Plante, la remise à neuf mérite d’être considérée dans la planification. « C’est quelque chose à penser sérieusement. C’est un bon produit, c’est bien fait et on est bien accompagné tout au long du processus », conclut-il.

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